Spiritualité, Nouvel-Age - Editions, Livres
LIVRE COMPLET : ENQUÊTE SUR LES OVNI VOYAGE AUX FRONTIÈRES DE LA SCIENCE PAR JEAN PIERRE PETIT

Préface de Jacques Benveniste



Préface
Aux marches de la science
La science en marches... cette collection aurait pu s'appeler aussi bien  Eppur si
muove , et pourtant elle tourne. Est-ce à dire que les auteurs se prennent, en toute mo-
destie, pour Galilée ? Leur ambition n'est  que  de chercher et, si possible, de trouver des
réponses à certaines des questions posées à et par la science contemporaine, et, en premier,
l'une des plus angoissantes : pourquoi des chercheurs scientiques, des biologistes, des mé-
decins, dont la fonction implique des sens en éveil et un esprit ouvert, se comportent-ils
dans certaines circonstances comme des aveugles sourds au progrès scientique ? Pourquoi
ces luttes acharnées qui s'apparentent plus à des combats de chefs luttant pour leur terri-
toire qu'à un accueil, rationnel et raisonnable, des interrogations, des interpellations, que
suscite le mouvement même de la science ? Pourquoi les décideurs politiques se laissent-ils
phagocyter les neurones par le complexe scientico-industriel qui pousse vers toujours
plus de la même chose ?
Au cours de ces voyages dans la galaxie Science, on se trouvera face à au moins quatre
paysages :
1o Un chercheur, quel que soit son niveau scientique, quel que soit son degré d'ap-
partenance à l'Establishment, trébuche, au hasard d'un processus expérimental, sur un
résultat étonnant. On verra que, les choses étant ce qu'elles sont, il va presque toujours
l'étouer à la naissance, la lutte pour la survie de ce bébé-résultat risquant de compro-
mettre l'ensemble de son ÷uvre scientique. S'il persiste, il sera immédiatement rejeté par
le Léviathan institutionnel selon un processus de type immunologique, et reconnu comme
 non-soi , étranger au corps constitué de la Science.
2o Un chercheur s'aperçoit qu'une théorie existante est erronée ou qu'elle ne recouvre
plus l'ensemble de la connaissance ou ne constitue pas un outil heuristique adapté à
certains problèmes dont la solution devient urgente. S'il est un scientique, et comme tel
ressent profondément l'exigence, consubstantielle à la science, d'un processus constant de
modélisation théorique, il risque de s'engager sur un travail de recherche en confrontation
certaine avec les théories dominantes. Le mécanisme de rejet se met en marche. Ils (le
chercheur, ses résultats, sa théorie nouvelle) seront à coup sûr rejetés, laminés, éliminés.
Rien d'étonnant à cela, dira-t-on, toutes les Églises font de même. Oui, mais il s'agit ici
d'une Église dont le dogme est de n'en avoir pas, dont la règle est de changer constamment
de règle, dont l'idéologie est celle de l'ouverture vers le monde, la nature et ses solutions
dont l'innie variété dée l'imagination. Ces geôles de l'esprit, c'est au nom de la liberté
de chercher qu'elles s'ouvrent et se referment !
v
vi PRÉFACE
3o Les avancées scientiques contribuent à l'émergence de tensions sociales et cultu-
relles de par les problèmes moraux, voire éthiques, parfois économiques, qu'elles posent
à la société qui favorise le développement de l'appareil scientique. Faut-il assumer, au
risque de s'épuiser à les suivre sans jamais les rattraper, l'ensemble de ces bouleverse-
ments ? Faut-il décider en amont et/ou tenter de contrôler en aval ? C'est évidemment
aux politiques de trancher. Mais comment peuvent-ils le faire indépendamment de ceux
qui  savent , alors que les questions sont de plus en plus compliquées et intriquées ? Et
puis, d'un bout à l'autre de la chaîne de décisions,  quis custodiet ipsos custodienses  ?
4o Enn, le progrès scientique tend à rejeter dans les ténèbres de la pseudoscience ce
qui n'est peut-être que la science limite. Le risque est de supprimer les bourgeons encore
informes qui poussent aux branches distales de l'arbre de la connaissance et de ralentir la
marche de la science elle-même. Le risque est aussi de refuser à des pratiques empiriques
l'accès aux méthodes de vérication scientique ; et ceci, par un raisonnement circulaire
ad hoc, parce que ces empirismes ne sont pas vériés, et peut-être pour certains, pas
vériables en l'état actuel des théories ou des technologies.
Nous ne pensons pas apporter toutes les réponses mais nous espérons poser le maxi-
mum de questions. Les auteurs, engagés personnellement dans le combat pour la science
et pour une société autant qu'il est possible en paix avec sa science, témoigneront, oui,
simplement témoigneront.
Ce premier livre de la collection réunit fort heureusement l'ensemble des caractères
que je viens d'évoquer.
C'est le livre d'un scientique, mais aussi d'un aventurier, aventure théorique, qui
s'attaque aux paradigmes établis, aventure technologique et expérimentale, aventure so-
cio philosophique, enn, tout ce qui touche aux autres mondes retentit sur le nôtre. Quelle
meilleure réponse aux scientistes pour lesquels en dehors du scientisme, tout est pseudos-
cience que cette étude lucide et engagée d'un problème dicile ? Oui, ce livre est le modèle
de ce que nous ambitionnons pour ceux à venir.
Docteur Jacques Benveniste
Directeur de recherche à l'Inserm
Avertissement
Jean-Pierre Petit, directeur de recherche au CNRS, physicien théoricien, est un au-
thentique scientique qui se dénit lui-même comme rationaliste. De singulières aventures
vont l'amener à s'intéresser progressivement au sujet OVNI, et même à s'y investir to-
talement au point de rendre indiscernables cette quête très particulière et son activité
professionnelle.
Au-delà des événements rapportés dans cet ouvrage, une hypothèse se fait jour : dans
les  hautes sphères  les gens sauraient parfaitement à quoi s'en tenir, mais tenteraient
d'occulter la vérité en menant des opérations de  ésinformation, comme la création en
1977 d'un groupe chargé ociellement d'étudier le phénomène, qui, placé dans l'incapacité
de produire un constat nal négatif, pour fuir les questions gênantes des chercheurs, s'est
sabordé précipitamment en décembre 1988 en dissolvant son propre conseil scientique.
L'un des anciens membres de ce conseil fantôme témoigne en qualiant cette opération
de trahison intellectuelle.
Jean-Pierre Petit cherche à comprendre le pourquoi d'une attitude si déconcertante,
et nous montre qu'elle ne fait que traduire la façon dont une société planétaire tente,
vaille que vaille, de se protéger contre les eets déstabilisants d'un éventuel contact avec
des habitants d'une autre planète, lesquels, en ethnologues patients, seraient parfaitement
conscients des risques inhérents à l'opération et ne feraient rien pour hâter une prise de
conscience aussi traumatisante. Il qualie cet ensemble de comportements de phénomène
socio-immunitaire.
L'ouvrage est complété par une annexe scientique qui regroupe les résultats obtenus
et démontre que le sujet OVNI est à la fois fécond et scientiquement passionnant.
vii

Introduction
Une bien curieuse machine
Plat sur le dessous et bombé sur le dessus, l'objet était parfaitement rond. Il devait
mesurer huit ou neuf mètres de diamètre et brillait d'un éclat métallique. J'évaluais son
épaisseur à un mètre et demi, tout au plus. A sa partie la plus haute on distinguait un
large orice de près de deux mètres de diamètre, aux bords arrondis. Au centre émer-
geait une espèce de bulbe, d'ogive métallique, qui dépassait d'une bonne cinquantaine de
centimètres.
Cet engin discoïde était ceinturé par une sorte de jupe annulaire. A la jonction on
distinguait donc une fente circulaire, qui taisait tout le tour et qui devait faire cinq à
sept centimètres de large. Comme il était distant du sol d'une trentaine de centimètres, je
supposais qu'il devait reposer sur des béquilles, ou sur une sorte de train d'atterrissage.
Sur la partie supérieure deux t cockpits transparents faisaient saillie.
Je m'approchai pour le voir de plus près. Le hangar était désert et il semblait n'y avoir
personne aux alentours. A travers une des bulles vitrées on voyait très bien le siège du
pilote. L'autre cockpit était factice et contenait apparemment des instruments de mesure
et des enregistreurs destinés aux essais en vol. Je supposais que sa présence se justiait
pour donner à l'ensemble de la machine une parfaite symétrie au plan aérodynamique.
Après des études à l'École Nationale Supérieure de l'Aéronautique de Paris, j'avais
obtenu en 1961 une bourse pour eectuer un stage aux États-Unis, au James Forrestal
Center, rentre de recherche dépendant de l'université de Princeton. Celui-ci était dirigé
par un certain professeur Bogdano. Ayant eectué les formalités d'accueil à l'université,
j'avais voulu rejoindre sans attendre le laboratoire où j'étais censé travailler et j'étais
arrivé au moment où tout le monde était parti déjeuner. J'avais alors erré dans les lieux,
au hasard. Parcourant des halls déserts, emplis de soueries, de bancs d'essai, j'étais
tombé sur une porte portant la mention  Restricted area. Authorized persons only ,
c'est-à-dire  Secteur dont l'accès est interdit à toute personne non munie d'un laissez-
passer .
Cette porte n'étant pas fermée, j'avoue que je ne résistai pas à la tentation de faire
une rapide incursion dans ce secteur interdit, pensant, au cas où je serais surpris dans les
lieux, qu'il me serait toujours possible d'invoquer ma connaissance imparfaite de l'anglais.
Dans ces nouveaux halls d'essai, tous aussi déserts que les précédents, les maquettes
ressemblaient à des assiettes accolées. Je ne jetai qu'un coup d'÷il rapide à ces montages.
C'est alors qu'en poussant une dernière porte, je tombai sur un monstre métallique assez
impressionnant.
1
2 INTRODUCTION
J'étais assez formé en aérodynamique pour pouvoir en comprendre le fonctionnement.
En grimpant sur celui-ci je vis de larges pales qui convergeaient vers le bulbe central et
qui signalaient l'entrée d'un compresseur d'air. En me glissant ensuite sous la machine
j'aperçus, au centre, l'orice de sortie des gaz brûlés du turbocompresseur qui mettait ces
pales en mouvement. Six canalisations radiales, bien visibles sous la machine, alimentaient
la buse annulaire qui crachait les gaz vers le bas, à travers une fente d'à peu près un
centimètre de large qui faisait tout le tour de l'appareil.
L'air était donc aspiré à la partie supérieure et refoulé, grâce à la buse annulaire, selon
un rideau gazeux qui frappait le sol en s'épanouissant. Je savais que ce système de rideau
annulaire (annular curtain) s'accompagnait de la création d'un coussin d'air comprimé
qui permettait à la machine de se sustenter.
Aussi surprenant que cela puisse paraître le type de recherche menée au James Forrestal
Center à cette époque, qui correspondait à des études conjointes américano-canadiennes,
n'était pas un cas unique. Deux ans plus tôt des essais de tels  disques sustentateurs 
avaient été eectués à l'Onera2 de Meudon par le professeur Poisson-Quinton, dont j'avais
lu le rapport. J'avais moi-même fait des essais similaires à Supaero en même temps que
le chercheur roumain Coanda.
Dans le principe cela marchait très bien, mais comme l'avait montré Poisson-Quinton,
tout se gâtait lorsque la machine se déplaçait parallèlement au sol. Le fameux coussin d'air
avait tendance à cher le camp et la machine à piquer du nez. La propulsion horizontale
était assurée par des éjections d'air prélevé en sortie de compresseur. À partir d'une
certaine vitesse le rideau d'air nissait par se replier sous la machine, le coussin d'air se
trouvait chassé vers l'aval et l'engin percutait alors carrément le sol. Ce comportement
fort désagréable entraîna de fait l'abandon de ce prototype américano-canadien.
S'agissant de machines à coussin d'air, l'idée développée par les Anglais avec leur
hovercraft et par le Français Bertin, basée sur un système de jupes souples, s'imposa
d'ailleurs dans les années qui suivirent.
Longtemps après on se demande encore ce qui avait pu passer dans la tête des Amé-
ricains lorsqu'ils avaient construit ce prototype au James Forrestal Center. Certains do-
cuments ayant été déclassiés, conformément à la législation américaine, on sut que ce
projet avait été une des réponses, bien naïve, que le gouvernement américain avait tenté
de donner au problème des fameuses soucoupes volantes.
Le prototype AVRO diérait des machines à coussin d'air étudiées en Europe en ce sens
que la buse annulaire était séparée du corps central par une fente d'aspiration, circulaire.
Lorsque du gaz était eectivement soué dans cette conguration il se produisait un
eet d'entraînement, dit  eet de trompe , générateur d'une dépression sur l'amont.
Beaucoup de gens dans les labos faisaient ce type de recherche à cette époque.
Les Américains auraient cru, semble-t-il, pouvoir créer sur la partie supérieure de leur
machine une dépression propre à accentuer l'eet de sustentation. Je ne crois pas cette
explication impossible car, à cette époque, certains phénomènes d aérodynamique restaient
assez mal connus. L'usage de l'ordinateur ne s'était pas encore généralisé, en particulier
dans les simulations de mécanique des uides, qui requièrent une grande vitesse de calcul
et des grosses mémoires centrales. Donc les gens ne savaient pas prévoir ce qui pourrait
2Oce nationale d'étude et de recherche en aérodynamique.
INTRODUCTION 3
se passer sur le disque de ce prototype du James Forrestal Center.
Il ne se passa rien, ou pas grand-chose, mais cette part d'inconnu explique que le projet
ait été classé condentiel défense en son temps et très probablement associé au dossier
OVNI.
On pourra trouver surprenant qu'un étranger de passage ait pu aussi facilement ar-
penter le domaine réservé d'un laboratoire de pointe qui consacrait une bonne partie de
son temps aux recherches militaires. Mais ceux qui connaissent bien les États-Unis savent
que cela a toujours été chose courante.
Les Américains sont des gens plutôt disciplinés. Dans un de leurs laboratoires les gens
pensent sans doute que le fait de placer des pancartes portant  authorized persons only 
ou  restricted area  ont un eet dissuasif susant. La première chose qui frappe un
Français lorsqu'il débarque à New York, c'est le fait que les piétons attendent que le feu
soit réellement rouge pour traverser, et qu'ils le fassent précisément dans les passages
réservés à cet usage. Lorsque l'automobiliste américain découvre l'indiscipline naturelle
du piéton français il est en général tellement interloqué qu'il stoppe son véhicule pour le
regarder passer.
La machine américaine est aussi bien souvent dépassée par sa propre complexité. À
l'appui citons une anecdote qui se situe quelque quinze années plus tard, au Lawrence
Livermore Laboratory, en Californie. J'étais ce jour-là en visite dans ce haut lieu de la
science militaire américaine où fut élaborée la première bombe à hydrogène, et qui est
présentement orienté vers tout ce qui touche à la guerre des étoiles. Je me trouvais chez
un chercheur nommé Norman, qui travaillait sur des applications possibles de la fusion
contrôlée, en particulier à la production de très fortes tensions électriques, et je lui disais :
 Votre montage en  store vénitien  est remarquable, pour produire des pinceaux
d'électrons.
 Hein ! Me dit l'autre, comment êtes-vous au courant ?
 Eh bien, j'ai vu les photos et les schémas explicatifs dans le hall d'entrée.
 Dans le hall d'entrée ? ! ?...
 Oui, bien sûr, il y a tout un panneau présentant vos recherches. 
Livermore est absolument immense. Aucun de nos laboratoires européens ne peut
donner ne serait-ce qu'une faible idée de ce genre de combinat scientique créé, comme
Los Alamos, par les Américains pendant la guerre, en plein désert. J'avais utilisé l'entrée
sud, Norman habitait au nord. Ceci expliquait sans doute cela. Il sauta dans sa voiture
et tint à constater, de visu. L'÷il hagard il parcourut du regard les nombreuses planches
en couleur qui présentaient son dispositif.
 Savez-vous que j'ai des consignes, moi, depuis des mois, pour ranger soigneusement
tout dossier concernant ce projet dans mon core ? 

Première partie
5

Chapitre 1
La Saga
Toute ressemblance avec des personnages ou des situations imaginaires serait pure-
ment fortuite.
Après cette visite au James Forrestal Center de Princeton, ces es machines volantes
rondes me sortirent de l'esprit pendant prés de quatorze années. A mon retour des États-
Unis je travaillai d'abord à la mise au point des fusées à poudre destinées aux futurs
missiles des sous-marins nucléaires français. Ces moteurs connurent des débuts diciles
et il y eut de nombreuses explosions, très spectaculaires. Quand un propulseur explosait,
la détonation des dix tonnes de poudre qu'il contenait projetait des débris à plus d'un
kilomètre. Les fusées étaient essayées soit dans une sorte de fosse, auquel cas elles Cra-
chaient leurs ammes à 45 mètres vers le haut avec un bruit dont on peut dicilement
avoir idée, soit à partir d'une sorte de chariot monté sur des roues de chemin de fer, qui
reposait alors sur des rails. Ce dernier montage donna un jour lieu à un incident assez
original pour être rapporté.
Le régime de combustion d'un moteur de fusée à poudre dépend de la pression qui règne
à l'intérieur. La seule façon de stopper un tel moteur est d'y créer une baisse brutale de
pression en ménageant un ou plusieurs orices supplémentaires, outre l'orice naturel de
sortie que constitue le col de tuyère. On se débrouille d'ailleurs pour que cette ouverture se
fasse automatiquement à travers des diaphragmes ayant une limite de résistance donnée,
ce qui provoque en principe l'extinction immédiate du propulseur en cas de surpression
accidentelle.
L'une des fusées essayées sur un tel banc avait un diaphragme de sécurité situé sur
l'avant, juste dans l'axe. Pendant un essai il y eut une surpression et celui-ci, jouant son
rôle de système de sécurité, se brisa. Malheureusement, non seulement cela n'entraîna pas
l'extinction du propulseur, mais la rétro-poussée correspondant à cette éjection de gaz
vers l'avant se trouva être supérieure à celle de la tuyère, dont l'orice de sortie était plus
petit.
Personne n'avait pensé à cela. La fusée s'appuyait sur une culée identique à un butoir
de chemin de fer, capable de résister à des poussées cent fois supérieures, mais rien n'avait
été prévu pour la retenir en cas de départ en marche arrière. Elle quitta donc les quelques
mètres de rail constituant son support et partit en cahotant sur le sol dur et caillouteux de
la Crau, dardant deux magniques jets de ammes de 30 mètres, à plus de 2 000 degrés,
l'un dirigé vers l'avant, l'autre dirigé vers l'arrière. L'ingénieur chargé de l'essai et qui, du
7
8 CHAPITRE 1. LA SAGA
fond de son blockhaus de béton, avait l'÷il rivé sur l'oculaire de son périscope, incapable
de faire quoi que ce soit, se contenta de la regarder passer. Elle partit donc en direction
du poste d'entrée où le gardien se trouvait totalement dépassé par les événements. Le
manquant de quelques mètres elle s'arrêta, ayant consumé sa charge de poudre, non sans
avoir volatilisé la clôture grillagée sur son passage.
Je ne sais si les ingénieurs qui travaillaient sur ce projet, qui devait déboucher sur un
missile mégatonnique anti-cités, se rendaient réellement compte de ce qu'ils faisaient. Ce
problème n'agitait strictement personne en vérité. C'est un peu le drame de cette technique
militaire moderne où chacun n'a en charge qu'une seule pièce du puzzle. Le motoriste
cherche à faire des fusées qui fonctionnent, l'atomiste s'eorce de fournir le meilleur des
plutoniums possibles, chacun de ces hommes travaillant comme un boustrophédon (de
boùs, le boeuf et strophédein, le sillon) sans lever le nez de son ouvrage, construisant, sans
le savoir, la meilleure des guerres nucléaires possibles.
On s'ennuyait quand même ferme dans ce centre. Une fois tous les deux mois on pro-
cédait au tir au banc de ces puissantes fusées. Leur guidage devait être assuré par rotation
de quatre tuyères coudées, mues par des vérins. On peut d'ailleurs voir ce dispositif sur un
modèle exposé au musée de l'Air du Bourget. Les ingénieurs cherchaient donc à s'assurer
que le système de tuyère rotative obéissait bien aux ordres donnés par le vérin.
A l'époque ces tuyères avait été mal dessinées et les gaz brûles, pleins de particules
métalliques, passaient allègrement dans le plan de joints, en attaquant tel un formidable
abrasif les roulements à billes de cette jonction partie xe-partie mobile. Dans les premières
secondes du tir on voyait osciller le jet de ammes et le hurlement des gaz évoquait
l'ahanement d'un formidable dragon tapi au fond de la fosse. Puis le jet devenait xe et
le bruit constant, ce qui signiait que les roulements à billes avaient vécu. Il susait alors
de compter jusqu'à trois pour voir la tuyère, cisaillée au niveau du plan de joints, partir
dans la nature.
Quand le propulseur avait ni de brûler, les pompiers d'astres se précipitaient pour
arroser le propulseur ainsi amputé et le refroidir avec leurs lances. En même temps du
blockhaus voisin, telle une fourmilière, surgissait un certain nombre de personnages, dont
des militaires chamarrés, qui accouraient vers le monstre fumant, enn silencieux, en
discutant à perte de vue des eets et des causes.
Pour gagner du temps les pompiers déroulaient leurs tuyaux avant les essais. Un jour,
alors que les huiles bourdonnaient déjà autour de la bête, un jeune pompier, visiblement
peu expérimenté, ouvrit sa lance alors que ses deux talons étaient précisément en appui
sur l'un des tuyaux. Du fait du recul il tomba sur son séant et perdit pendant plusieurs
secondes le contrôle de sa lance, arrosant copieusement généraux et amiraux dans le style
du premier lm des frères Lumière.
1.1 Teslas et mégawatts
Peu à l'aise dans cette recherche orientée vers des buts militaires je m'intégrai alors
dans un laboratoire du sud de la France, spécialisé dans la mécanique des uides. On y
étudiait, entre autres, des générateurs électriques assez curieux, sans pièces mobiles.
Quand on pense à un générateur électrique on a tendance à imaginer un ensemble
1.2. LA BATAILLE DE LA MHD 9
constitué d'un stator et d'un rotor mu par une chute d'eau ou par une turbine à gaz.
Ces générateurs d'un genre totalement diérent, que l'on désignait à l'aide d'un mot
interminable : magnétohydrodynamiques, en abrégé MHD, ressemblaient à des canons
crachant du gaz à haute température (10 000 degrés) et à très grande vitesse (près de 3
kilomètres à la seconde, ce qui fait quand même plus de 10 000 km/h). En dirigeant le tir
de tels canons, appelés aussi tubes à choc, dans une tuyère MHD munie d'électrodes et
de gros solénoïdes, développant un champ de plusieurs teslas1, on obtenait, pendant un
petit millième de seconde, une puissance électrique qui se chirait en mégawatts, avec un
débit de courant allant jusqu'à 10 000 ampères.
Nous nous aairions autour de cet appareil, qui avait l'allure d'un canon de marine,
dont il possédait la longueur et le calibre. Après chaque essai les servants de cette batterie
libéraient la lourde culasse en acier, qui reculait bruyamment sur ses galets en émettant
un nuage de vapeur. On avait un peu l'impression d'être sur un navire immobile, tirant
sur des cibles imaginaires.
Une grosse batterie de condensateurs, mise brutalement en court-circuit, se déchargeait
dans nos solénoïdes en créant un fabuleux courant de 54 000 ampères. Cette décharge
s'accompagnait de fortes tensions mécaniques et il n`était pas rare que notre solénoïde se
volatilise littéralement sous nos yeux dans un bruit d'enfer.
1.2 La bataille de la MHD
Dans ces années 60 de nombreux pays du monde avaient caressé le projet de domesti-
quer  l'énergie MHD  en créant des machines dont le but était de convertir l'énergie de
gaz chauds en électricité2. Il ne s'agissait plus cette fois de générateurs impulsionels, mais
de dispositifs sophistiqués et coûteux, à l'extrême limite de la technologie de l'époque. En
France, au centre EDF des Renardières, des tuyères aux parois tapissées de céramique,
alimentées par un mélange de pétrole et d'oxygène, crachaient elles aussi leurs gaz brû-
lants dans l'entrefer d'électro-aimants. À Fontenay-aux-Roses, le Commissariat à l'énergie
atomique (CEA) avait bâti un énorme banc d'essai appelé Typhée qui souait un mé-
lange brûlant d'hélium et de césium dans une tuyère MHD. Mais les résultats se révélaient
décevants. Les puissances produites restaient faibles, inexploitables. La tenue thermique
des matériaux interdisait d'utiliser des gaz ayant des températures supérieures à 1 500,
voire 2 000. Or, dans ces conditions leur trop faible conductivité électrique réduisait à
néant les performances de ces générateurs.
Un Américain nommé Kerrebrock eut alors l'idée de faire fonctionner certains de ces
générateurs en dotant leurs gaz de deux températures diérentes. En fait c'est beaucoup
moins exotique que l'on peut l'imaginer car c'est tout simplement ce qui se passe dans
un tube au néon. Le gaz lui-même reste froid lors que le gaz d'électrons acquiert une
température élevée, de l'ordre de 10 000 degrés. C'est cette situation singulière qui fait
que l'on peut toucher un tube en fonctionnement sans se rider les doigts.
Kerrebrock apportait, pensait-il, la solution. Il susait de chauer les électrons, pas
1Un tesla équivaut à 10 000 gauss. Un aimant de couturière fait 200 gauss. Les aimants de la MHD
sont donc cinquante à cent fois plus puissants que celui de la couturière.
2V le schéma de tels générateurs MHD dans l'annexe A.
10 CHAPITRE 1. LA SAGA
le gaz. Nous passerons sur les Mails de cette technique car cela n'est pas vraiment utile
pour suite.
Au moment où les chercheurs du monde entier se lançaient ans cette nouvelle aven-
ture, lors du congrès de Newcastle en 1964, le professeur Shendlin, chef de la délégation
soviétique, annonça soudain :
 J'ai amené avec moi un jeune chercheur. Il n'était pas revu dans ce congrès, mais
je crois qu'il a des choses importantes à nous dire. 
Ce chercheur s'appelait Velikhov. C'était un petit bonhomme tout rond, avec les yeux
pétillants d'intelligence. Il expliqua calmement que les générateurs MHD  bi-températures 
allaient être le siège d'une instabilité qui allait anquer toutes leurs performances par terre.
On ne le crut pas une seconde, mais six mois plus tard cette terrible instabilité qu'il ait
découverte et prévue par ses calculs condamnait tous les forts des chercheurs du monde
entier, y compris au CEA.
C'était le bide scientique complet, comme pour la fusion contrôlée.
Les ingénieurs du CEA, assemblés au chevet de leur machine Typhée décidément bien
malade, multipliaient les colloques. C'est à cette occasion que je s personnellement la
connaissance de Velikhov et de son compagnon Golubev lors d'une réunion à Fontenay.
Les Soviétiques dominaient complètement les Français, scientiquement, lesquels ne s'en
apercevaient pas une seconde. Tous les Occidentaux en général espéraient encore que cette
histoire d'instabilité allait se résoudre d'une manière ou d'une autre. C'était la première
fois que cette bande de jeunes Russes venait à Paris et ils passaient toutes leurs nuits à
Pigalle à faire la fête. Un nommé Popov nous contait chaque matin le dernier spectacle
de femmes nues et emplumées auquel il avait assisté, avec un enthousiasme intarissable.
Si le courant ne passait pas dans la tuyère de Typhée, il ne passait pas non plus entre
les ingénieurs du CEA et la délégation soviétique. Porteurs de si mauvaises nouvelles, ces
Russes étaient perçus quasiment comme les responsables de ce qui arrivait. Et puis ils
étaient si ridicules avec leurs pantalons trop larges, leurs chaussettes qui dégringolaient
et leurs allures de paysans. On n'était guère qu'en 1965 et l'ingénieur moyen du CEA ne
dédaignait pas de lancer la petite pique anticommuniste dès que l'occasion s'en présentait.
Le dernier jour, j'invitai Velikhov et Golubev à dîner chez mes beaux-parents, qui
vivaient à Paris. Ils arrivèrent avec des kilos de caviar et des piles de disques, en guise de
cadeaux.
 Mais... c'est beaucoup trop...
 Que voulez-vous, répondit le futur vice-président de l'Académie des Sciences d'Union
Soviétique, personne ne nous a invités, sauf vous. 
1.3 Première découverte
Notre générateur impulsionnel avait une qualité par rapport à tous ces monstres coû-
teux : il ne débitait que pendant une fraction de millième de seconde mais au moins il
fonctionnait, grâce à la très forte température de son gaz d'essai. Le CEA décida donc de
l'utiliser comme simulateur et nous bénéciâmes par son entremise d'un contrat.
Pour simuler ce fonctionnement bi-température il avait été prévu de baisser volon-
tairement la température de notre gaz d'essai, à une température où la machine serait
1.4. LE MEILLEUR DES LABORATOIRES POSSIBLES 11
devenue inopérante, puis de tenter un chauage électronique ad hoc. Mais l'instabilité de
Velikhov, qui avait la propriété de se développer en un millionième de seconde, constituait
a priori un obstacle sérieux.
Mes conversations avec Velikhov m'avaient donné des Idées. Après des mois de cal-
culs j'imaginai une expérience, basée sur un cocktail spécial à base d'hélium, qui devait
permettre, en fonction de mécanismes trop complexes pour être évoqués, de stabiliser le
générateur.
Cette expérience reste un souvenir assez étonnant. Elle marcha, ce qui est quand
même assez rare, au premier essai. Nous chargeâmes le tube et nous procédâmes à la mise
à feu. Sceptique, l'un des chercheurs préposés aux mesures avait réglé la sensibilité des
détecteurs de courant au minimum, mais lors de l'essai la production de courant fut telle
que ceux-ci furent totalement saturés. Il fallut recommencer avec de nouveaux réglages et
on mesura cette fois des milliers d'ampères. Nous avions réussi à fonctionner avec un gaz
à 6 000degrés et des électrons à 10 000.
A midi tout était terminé. Personne dans le monde n'avait mais réussi un pareil coup,
c'est-à-dire éliminer complètement l'instabilité de Velikhov. Notre générateur MHD était
le premier à fonctionner avec deux températures. On tenait quelque chose, visiblement.
1.4 Le meilleur des laboratoires possibles
Le laboratoire ne s'était jamais signalé par une découverte notable. Ln fait, les gens
vivaient en refaisant des expériences américaines et cela semblait sure. Une fois par an le
directeur allait chercher des idées outre-Atlantique, qui lui servaient ensuite à  diriger 
les recherches. Le système à tube à choc était ainsi une copie conforme de l'installation
imaginée par un américain nommé Bert Zauderer. Il ne serait venu, à l'époque, à l'idée
de personne que nous puissions être en avance vis-à-vis de l'étranger.
Lorsqu'il connut la percée qui avait été réalisée ce matin-là, le patron crut qu'on avait
gagné la timbale et cela lui monta à la tête. Il avait toujours pratiqué le principe  diviser
pour régner  et la première chose qu'il s'empressa de dire aux autres fut :
 Vous voyez, depuis des années, vous êtes à la traîne des Américains. Et lui, il arrive,
et six mois plus tard il décroche un résultat de pointe. Prenez-en de la graine ! 
Eet immédiat, les mines s'allongèrent et une rancune durable s'installa.
Personne ne peut avoir idée, sans y avoir vécu, de l'ambiance qui pouvait régner dans un
laboratoire de recherche bien paternaliste antérieurement à mai 68. Le matin, le directeur
arrivait avec sa voiture et aussitôt un des ouvriers de l'atelier se précipitait, lustreuse en
main, pour la lui bichonner. Les dessinateurs établissaient les plans de sa serre tandis que
les chercheurs lui servaient de marins sur son bateau, durant les week-ends.
À l'heure du déjeuner, la concierge lui apportait un repas frugal qu'il avalait dans son
bureau entre deux rapports, en faisant de grandes dégoulinures de yaourt sur sa cravate.
Des contrats passés avec diérents organismes lui permettaient de distribuer des ral-
longes de salaires relativement importantes, mais discrètes, aux techniciens et aux cher-
cheurs les plus dociles. Il cosignait systématiquement toutes les publications les yeux fer-
més. Les thèses étaient considérées comme des récompenses à des années de dévouement
et de sourance muette.
12 CHAPITRE 1. LA SAGA
Mais l'excitation liée à cette découverte scientique, présentée lors d'un grand colloque
international, allait passer au second plan à la suite d'un intermède brutal : mai 68.
1.5 Mon labo à l'heure des barricades
Lorsque la télévision se mit à retransmettre des images de violence nocturne sur fond
de cocktails Molotov dans les rues du quartier Latin, les gens de la région ouvrirent des
yeux ronds. Quand les grèves se généralisèrent, ils s'en retournèrent tranquillement chez
eux, ou partirent à la plage ou à la pêche, comme ce fut le cas dans de nombreuses régions
de France.
Le climat du laboratoire était étonnamment paisible. Il faisait un temps superbe qui
avait vidé les couloirs et les bureaux. Le patron attendait les événements au jour le jour,
reclus dans son bureau, tandis que ses collègues parisiens lui transmettent des nouvelles
alarmantes.
Un jour un chercheur descendit de la capitale. Son regard brillait d'une lueur étrange.
Il avait vécu  les événements , sentait la poudre et racontait des choses étonnantes. À
l'entendre le monde allait basculer. On se serait cru à Saint-Pétersbourg en 1917. Nous ne
devions pas rester à la traîne et commencer de suite à bâtir un monde nouveau, à coups
assemblées générales.
Les gens se grattèrent la tête et formulèrent des revendications timides. Mais notre
microcosme avait tellement vécu us un paternalisme épais que les gens avaient du mal à
se mobiliser. Les choses ne bougèrent réellement que plus tard, que tomba la réforme uni-
versitaire due à Edgar Faure. Elle l'eet d'une bombe. De manière parfaitement régulière,
légale, le directeur du laboratoire allait devoir être élu.
Le directeur en place avalait pilule sur pilule. Imaginez que us fournissiez sans crier
gare à des galopins une arme de calibre, sous la forme d'un bête bulletin de vote, permet-t
de tuer le père en toute impunité.
Les élections eurent lieu. Le souvenir de ce psychodrame est resté chez moi très vif.
Certains auraient bien voulu coier la tonne, mais n'étaient pas assez courageux pour
s'exposer. Ils trouvèrent donc un naïf à qui ils bourrèrent le crâne et, abrités derrière
ce candidat-suicide, montèrent comme des fantassins, marchant derrière ce tank humain
candide et inconscient. Les bulletins tombèrent comme des couperets. Une heure après
ces élections, le patron sommait ce nouveau directeur démocratiquement élu, de démis-
sionner. L'autre refusa et laboratoire connut des mois étranges, d'assemblée constituante
en assemblée constituante. Pendant que les assistants prenaient pour des commissaires du
peuple, le directeur déchu, hagard, rasait les murs comme un fantôme.
Pourtant tout cela se termina par une récupération menée de main de maître par le
vieux mandarin. Il intimida les uns, acheta les autres. Ayant les doigts sur les leviers
des contrats, il créa articiellement une situation de pénurie, associée à une intox digne
d'un vrai trotskiste, et licencia quelques éléments particulièrement vulnérables, choisis
essentiellement parmi les techniciens. Moins d'un an plus tard cet habile stratège avait
repris le contrôle total de la situation.
Le soi-disant directeur, démocratiquement élu, était vulnérable sur le plan scientique.
Quelques tirs bien ajustés, émanant de vieilles amitiés parisiennes du patron, le rent
1.5. MON LABO À L'HEURE DES BARRICADES 13
s'écrouler et aucun de ceux qui l'avaient jeté dans cette aventure ne l'aida à s'en sortir.
Victime naïve d'ambitions universitaires qui lui étaient étrangères, il paya cette équipée
d'une dépression qui dura plusieurs années.
Les vrais auteurs du complot quittèrent le laboratoire pour s'en aller créer, à quelques
miles de là, une structure démocratique toute neuve où ils ne tardèrent pas à s'entre-tuer.
Les séquelles du paternalisme sont redoutables, les gens ayant instinctivement tendance à
recréer ces mêmes structures et ces mêmes mécanismes dont ils furent les victimes. Après
cette tornade ma position était devenue suprêmement inconfortable. Ayant refusé d'être
intimidé ou acheté je pouvais m'attendre à un retour de bâton phénoménal. Le patron
réglait ses comptes, cas par cas. Qu'elle semblait loin cette èvre contestataire ! Inverse-
ment, des thèses rapidement rédigées et soutenues récompensaient des retours précoces
au bon sens.
Je me souviens d'un polytechnicien, ingénieur militaire, qui avait été parmi les conju-
rés. Un jour il entra, stupéfait, dans le bureau du directeur qui avait été réintégré dans
ses fonctions et prérogatives.
 Monsieur, je viens de recevoir un papier du ministère. Il s'agit d'une mutation dans
une batterie, à Toul, me concernant. Ça doit être une erreur...
 Si l'armée a besoin de vous là-bas...
 Mais, je n'ai pas ni ma thèse....
 Humm, ennuyeux pour vous, eectivement. Cela tombe mal.
 Mais... vous allez pouvoir faire quelque chose ?
 Hum, je ne sais pas. Si ça vient du ministère... 
L'autre n'avait pas compris que de tels hasards, cela se fabrique.
Le microcosme recherche-université est un monde en soi. Les gens y sont payés au
lance-pierre mais chacun tuerait père et mère pour une parcelle de pouvoir ou quelques
francs. Pour un sociologue, cela doit être passionnant parce que c'est e la recherche de
pouvoir à l'état pur. Pendant des dizaines années des gens tissent des alliances savantes
et occultes ans le plus pur style de la Venise de la Renaissance, pour trois fois rien : un
rang d'hermine supplémentaire et trois poignées de gues.
Mai 68 avait été un énorme pavé dans la grenouillère intello. Certains avaient saisi
l'opportunité au vol et réussi l'élimination de leur mandarin. Le nôtre avait la peau sacré-
ment dure et, face à une troupe qui s'était débandée au premier coup de feu, il ajustait
posément ses tirs.
Étant la cheville ouvrière du contrat MHD, je restais un pion important de son jeu,
d'autant plus que j'étais le seul à comprendre ce qui se passait réellement dans ces milieux
à deux températures. Un climat de guerre froide s'installa. Au bout de quelques mois il
se mit en devoir de récupérer le laboratoire que j'avais construit de mes mains. Trouver
des gens acceptant de se prêter à l'opération n'avait pas posé de diculté, au point où on
en était, après tous ces retournements de veste. Mois après mois il accentuait sa pression.
Un jour, à sa mie stupéfaction, il me vit baisser les bras, d'un coup.
 Vous avez raison. Je suis meilleur théoricien qu'expérimentateur. Conez cela à
d'autres.
 Ah, enn une attitude raisonnable ! 
En vérité mes calculs, désormais faits sur ordinateur, m'avalent indiqué que d'après
la formule suivie on ne pourrait jamais descendre en dessous d'une température de gaz
14 CHAPITRE 1. LA SAGA
de 4 000 degrés. Au-delà, cela ne pouvait tout simplement plus marcher. On avait gagné
un peu en divisant la température de fonctionnement de moitié, mais l'obstacle restait
infranchissable. Adieu les rêves de brevets et de royalties sur de fantastiques applications
industrielles. Je leur abandonnai donc un bateau qui était en fait en plein naufrage.
1.6 L'anche de clarinette
Les chers collègues se jetèrent sur le laboratoire. L'appareil contenait un organe délicat,
un tube creux en laiton, de section carrée, qui, au centre de la veine gazeuse, jouait un
rôle d'emporte-pièce. Lorsque la rafale de gaz créée par l'explosion parcourait le tube,
seule la portion centrale du gaz était ainsi découpée et prélevée, le reste se rééchissait
sur le fond du tube en créant une certaine surpression. Mes successeurs rent un jour
fonctionner le tube avec du gaz carbonique pur. Avec un gaz aussi lourd la surpression
à l'extérieur du fragile emporte-pièce atteignit plusieurs dizaines de kilos par centimètre
carré et l'écrasa immédiatement. Mais les autres, qui ne connaissaient évidemment pas
cet appareil aussi bien que moi, ne s'en aperçurent pas et travaillèrent ainsi six mois avec
un outil, par ailleurs scientiquement condamné, transformé en instrument de musique,
l'emporte-pièce écrasé ayant pris la forme d'une anche de clarinette.
Chaque essai était suivi de cris de dépit des servants du canon, qui n'en pouvaient
mais. Dans le bureau voisin je riais dans ma barbe en me disant :  Ils ont dû faire un sol,
ou un fa... 
Le patron écumait de rage. Après plusieurs mois d'insuccès complet, où l'équipe ne
parvenait même pas à refaire mes propres essais, et pour cause, un samedi matin, il
convoqua son petit monde pour une sorte de  cabinet de crise  lié à ces recherches
sur contrat. Je passai une partie de la nuit précédant la réunion, dans le labo, démontant
l'emporte-pièce endommagé. Tout s'était passé comme je l'avais senti six mois auparavant
et il ressemblait eectivement à une anche. Une heure avant la réunion je m'embusquai
dans la cabine du projectionniste, ce qui me permit d'assister à couvert à une engueulade
tous azimuts. Quand le directeur eut épuisé sa salive, je descendis de la cabine, posai
devant eux la pièce de laiton complètement aplatie, la fameuse anche, et tournai les
talons, laissant la ne équipe médusée.
Le lundi suivant, le patron, très pragmatique, m'invita à déjeuner. Avec lui, on pouvait
s'attendre à tout.
 Alors, quel est votre programme de la rentrée, pour le contrat ?
 Mais, monsieur, je ne m'occupe plus que de théorie.  Ne faites pas l'imbécile. Ou
vous acceptez de reprendre les travaux expérimentaux de MHD en main, ou je vous jure
que vous n'aurez jamais votre thèse.
 Pari tenu. 
C'en était trop. Le patron interrompit là notre déjeuner, se leva brutalement et quitta
la table. Quelques mois après cet nient je reçus une lettre de la direction générale qui
était un préavis de licenciement sous quarante-huit heures si je ne justiais pas mon
activité au sein du labo. On n'y allait pas de main morte. Je répliquai en renvoyant ma
thèse de doctorat, rédigée en secret, exclusivement constituée de calculs théoriques variés.
L'aaire sombra dans la confusion la plus totale, personne n'ayant suspecté l'ampleur de
1.7. ENFIN LA PAIX 15
ce travail, par ailleurs cautionné par quelques personnalités scientiques de haut niveau,
dont le mathématicien et académicien André Lichnerowicz.
1.7 Enn la paix
Quelques mois plus tard j'avais changé de labo. Lassé par tes ces intrigues j'avais
jeté mon dévolu sur l'observatoire Marseille, où semblait régner un bon climat. J'y suis
toujours d'ailleurs, après quatorze années. Le directeur était un de mes amis. Pour opérer
ce transfert il m'avait su de transformer dans les équations, les électrons en étoiles, ce
qui n'avait posé trop de dicultés.
Ma vie professionnelle changea alors du tout au tout. On a raison de dire :  C'est
par la tête que pourrit le poisson.  Quand dans un labo la direction est intègre, ça
se passe quand même nettement mieux. Celui de l'observatoire, Guy Monnet, beaucoup
d'humour. Il portait un collier de barbe non sur le menton, mais en dessous, ce qui le
faisait irrésistiblement ressembler à un personnage de Jules Verne. Un fois par semaine
nous passions la journée enfermés dans un bureau, gesticulant devant le tableau noir. Sur
la porte une pancarte indiquait  Ne pas déranger . Nous en ressortions le soir, ni h de
craie et ravis, après avoir agité quelque problème lié structure spirale des galaxies ou à
l'eondrement gravita des étoiles.
C'était calme dans cet observatoire. Les gens étaient gentils. Penchés sur des mètres
carrés de papier, ils cartographiaient silencieusement l'univers. Une fois par mois, les
lieux se vidaient, les couloirs devenaient déserts. Les premiers temps, j'avais eu du mal à
comprendre.
 C'est la nouvelle lune , me disait la standardiste.
Hé oui, quand la lune disparaissait du ciel les astronomes partaient à Saint-Michel, en
Haute-Provence, braquer leurs télescopes. Il ne s'agissait pas de quelque rituel ancestral,
mais d'une simple contrainte liée à l'observation d'objets aussi peu lumineux que les
lointaines galaxies et qui aurait été compromise par la présence de l'astre sélène.
Pendant ce temps, les idées de MHD poursuivaient leur chemin dans ma tête, à mon
insu. On croit que ce sont les chercheurs qui s'emparent des idées, je dirais plutôt que c'est
l'inverse. De temps en temps, une idée qui passe s'empare d'un chercheur. Elle s'installe
alors dans sa tête et prend possession de son âme.

Chapitre 2
Ondes de choc
Il m'arrivait de repenser, de temps en temps, aux expériences que nous faisions dans
mon ancien laboratoire. On n'oublie pas huit années de travail intense et d'investissement
intellectuel aussi facilement. Je me sentais aussi un peu dés÷uvré après le brutal départ
de Monnet, seul membre de l'observatoire ouvert aux questions théoriques, parti diriger
l'observatoire de Lyon.
Dans nos canons à gaz nous transformions l'énergie cinétique d'un gaz en électricité.
Le gaz déboulait à 2 700 mètres par seconde à l'entrée de la minuscule tuyère, et était très
fortement ralenti sur seulement 10 centimètres, c'est-à-dire la longueur de ce convertisseur
MHD. Il était donc soumis à une force de freinage considérable, agissant dans la masse
du gaz. Rien de mystérieux : cela n'était autre que la force électromagnétique, ou force
de Laplace.
Quand vous tournez la manivelle d'une dynamo pour produire du courant, vous sentez
une résistance qui n'a rien à voir avec le frottement mécanique du rotor sur ses portées.
Vous payiez seulement le prix de cette électricité que vous produisez, en fournissant un
certain travail.
Dans la tuyère MHD cette production intense de courant accompagnait d'un ralentis-
sement tout aussi intense. Le résultat était la création d'une onde de choc droite, qui se
stabilisait à l'entrée de la tuyère et qu'on voyait à l'époque parfaitement sur les clichés.
Un phénomène semblable se serait produit si on avait placé dans la tuyère une grille aux
mailles assez serrées pour contrarier le passage du gaz. Mais là, il est clair qu'on créait
une onde de choc sans obstacle matériel, puisque la tuyère avait une section constante.
L'obstacle, c'était ces forces électromagnétiques elles-mêmes.
Nous étions bien les seuls à réaliser d'aussi fortes interactions dans ces années soixante,
donc à créer ces ondes de choc. Dans les autres laboratoires l'extraction de puissance était
si faible que le freinage restait négligeable. Quand le gaz traversait ces longues tuyères de
conversion MHD à température trop basse, cela ne lui faisait ni chaud ni froid.
Il faut savoir s'étonner des choses. À toutes les époques, il a toujours existé des dé-
couvertes scientiques qui attendaient, comme si la nature les exposait dans une vitrine,
que les scientiques les remarquent. Les exemples en sont légion et c'est à croire que la
meilleure façon pour un phénomène de passer inaperçu est de s'intégrer dans la routine
quotidienne de l'activité d'un laboratoire.
Dix ans plus tard je m'étonnais donc de cette création d'onde de choc sans obstacle.
17
18 CHAPITRE 2. ONDES DE CHOC
J'avais un cendrier à la main. Une idée me traversa alors l'esprit :
 Si j'ai assez d'énergie pour poser ce cendrier sur la table, alors j'en ai également
assez pour l'enlever. De même si dans ces expériences ces forces étaient assez intenses
pour créer une onde de choc, utilisées inversement celles-ci devraient pouvoir permettre
d'annihiler une onde de choc déjà formée autour d'un obstacle matériel. 
Je pris une feuille de papier et un crayon et, en cet après-midi de 1975, je commençai
à faire quelques croquis assortis de calculs. L'onde de choc se produisait parce que le
gaz était trop violemment sollicité, littéralement pris par surprise par l'objet déboulant
sur lui. Il susait d'empêcher ce bourrage des molécules au voisinage du nez de l'engin
ou du bord d'attaque. Finalement, cela revenait à aspirer le gaz incident plus vite qu'il
ne dégringolait sur l'objet, ou sur la machine volante, car l'idée s'était immédiatement
imposée chez moi d'utiliser ce procédé pour concevoir un engin volant.
2.1 La troisième façon de voler
L'aérodyne MHD mettait en ÷uvre une troisième façon de voler ou de se propulser. La
première consistant à chasser l'air ambiant vers le bas ou vers l'arrière, soit avec une aile,
soit avec cette aile tournante appelée hélice ; la seconde, à chasser un gaz qu'on produisait
soi-même dans une chambre de combustion ; la troisième consistait à aspirer l'air qu'on
avait au-dessus de soi, ou devant.
Un aérodyne électromagnétique devait ainsi pouvoir se frayer un passage dans l'air
dense à la manière d'une taupe volante creusant l'air devant elle. Cette aspiration pouvait
être assez puissante pour créer non pas une surpression sur la partie frontale, mais au
contraire une dépression, un vide partiel.
Pour ce faire il fallait que la machine crée autour d'elle un fort champ magnétique
ainsi qu'une décharge électrique. Celle-ci serait produite par un générateur embarqué,
débitant dans l'air à l'aide d'un système d'électrodes. Le champ magnétique pourrait être
créé, pourrait-on dire,  gratuitement , à l'aide d'un solénoïde supraconducteur intégré
à l'engin.
Je savais parfaitement qu'à l'instant tout ceci était technologiquement irréalisable,
en vraie grandeur. Les premières évaluations de puissance m'indiquaient qu'il faudrait,
pour aspirer l'air devant une machine d'une dizaine de mètres de diamètre, la puissance
électrique d'une petite centrale nucléaire. L'intensité du champ magnétique n'était pas
considérable : quelques teslas, mais à cette époque les teslas pesaient extrêmement lourd.
Au fond, j'étais dans une situation comparable à celle de Jacques Cugnot qui, en 1771,
avait pour la première fois utilisé la machine à vapeur pour la locomotion. Il avait adapté
une chaudière énorme sur une simple charrette appelée fardier. Devant les badauds ahuris,
précédée d'un soldat à cheval, la machine avait alors fait grincer ses lourdes roues cerclées
de fer sur le pavé parisien.
Je me voyais avec un costume d'époque, des bas de soie, une redingote et un chapeau
élégamment emplumé, proposant de mettre à l'étude une sorte d'oiseau à vapeur, un siècle
avant l'heure, c'est-à-dire avant Clément Ader, qui tenta eectivement de s'envoler grâce
à la force motrice de la vapeur en 1890.
Quand j'étais étudiant à l'École nationale supérieure de l'aéronautique de Paris, j'avais
2.2. LA PROPULSION MHD 19
vu à l'occasion d'une exposition la maquette d'une machine fabuleuse. En 1909, le Rou-
main Coanda, émigré en France, y avait présenté lors du Salon de l'aéronautique et de
l'aérostation un prototype d'aéroplane. Alors que tous les avions de l'époque ressemblaient
à des séchoirs à linge ou à des parapluies améliorés, celui de Coanda possédait des ailes
à prol biconvexe, qui n'étaient pas entoilées, mais recouvertes de bois, lequel donnait sa
rigidité à l'aile, qui n'avait ainsi pas besoin d'être ligotée par tout un échafaudage de ls
d'acier (on dirait de nos jours que cette aile était à revêtement travaillant).
Mais, plus fou encore, l'appareil était équipé d'un moteur à réaction primitif. Un
moteur à combustion interne actionnait une turbine multipales, laquelle aspirait l'air
dans une entrée d'air bien dessinée. Il y avait ensuite un système d'injecteurs d'essence et
une chambre de combustion débouchant sur des tuyères d'éjection, le long du fuselage.
On ne sait ce qui advint de la machine volante de Coanda, qui rôtit probablement ses
belles moustaches noires au premier essai.
Plus tôt encore, en 1897, le Hongrois Tesla, qui laissa son nom à l'unité de mesure
du champ magnétique, présenta à la marine américaine un sous-marin sans pilote, de 3
mètres de long, qu'il destinait à la défense côtière. L'engin était mû par l'électricité et
télécommandé par ondes hertziennes. Mais c'était trop d'un coup. Bien que l'appareil fût
réellement opérationnel, il fut éconduit. Il y a vraiment des gens qui se trompent d'époque.
2.2 La propulsion MHD
L'idée d'une propulsion MHD n'était pas neuve. Il y avait eu pas mal d'études faites
aux États-Unis après la guerre. Le système était lourd, en poids, mais il avait un avantage :
celui de donner des vitesses d'éjection incomparablement plus élevées que celles des fusées.
Celles-ci éjectent leurs gaz à une vitesse maximale de 2 500 mètres par seconde, directe-
ment indexée sur la température régnant dans la chambre de combustion. Comme celle-ci
est nécessairement limitée par la tenue thermique des matériaux, la vitesse d'éjection
l'est aussi. Plus on éjecte vite, plus on tire parti du moindre kilo du mélange carburant-
comburant. C'est particulièrement intéressant quand on prévoit des missions de longue
durée, comme un voyage aller et retour vers Mars. Or, il se trouve qu'il n'y a pratiquement
pas de limitation à la vitesse d'éjection des tuyères MHD.
Donnons un exemple qui illustre l'ecacité de cette  accélération MHD . En 1972,
dans des expériences eectuées en France en sortie de tube à choc sur ces gaz très chauds
et très conducteurs de l'électricité, on enregistra des gains de vitesse de 5 000 mètres par
seconde, sur une longueur de seulement 10 centimètres.
Les canons à plasmas de la guerre des étoiles ne sont d'ailleurs rien d'autre que des
accélérateurs MHD qui poussent cette éjection jusque dans ses extrêmes limites, puisque
celle-ci tangente alors la vitesse de la lumière.
Dans les années soixante-dix, les études américaines sur la MHD étaient liées au projet
de la mission sur Mars. Elles furent abandonnées en même temps que celui-ci, mais si
d'aventure les Américains et les Soviétiques décident un jour de donner suite à leur projet
conjoint, ces études repartiront immanquablement. Dans le domaine des missions courtes,
c'est-à-dire d'une simple opération de satellisation, la MHD n'est pas rentable, compte
tenu des possibilités technologiques actuelles.
20 CHAPITRE 2. ONDES DE CHOC
Toujours est-il que dans ces années cinquante-soixante-dix tous les systèmes de pro-
pulsion MHD furent envisagés : en continu, en pulsé, avec ou sans eet Hall, à fort ou
faible nombre de Reynolds magnétique. Le lecteur intéressé trouvera une description de
ces systèmes dans de nombreux ouvrages1.
Mais tous ces accélérateurs étaient internes. Imaginez qu'on ait inventé la turbine,
mais non l'hélice et le rotor et que tout d'un coup quelqu'un se soit dit :
 Pourquoi ne pas faire prendre l'air à cet ensemble de pales rotatives en le mettant
tout simplement à l'extérieur ? 
En cette journée de 1975 je passai la n de la journée à reprendre chacun de ces sys-
tèmes en les inversant géométriquement. Je mettais les électrodes sur les parois externes,
j'épanouissais le champ magnétique dans l'air ambiant, au lieu de le conner dans les
entrailles du propulseur, je localisais la décharge électrique à l'extérieur de la machine.
Il sortit de cette journée tout un tas de dessins très variés qui recouvraient presque
totalement le carrelage du salon. Il y avait des engins cylindriques, d'autres sphériques.
Mais les aérodynes les plus intéressants énergétiquement avaient une particularité : ils
avaient la forme de disques.
2.3  Convertisseurs MHD d'un genre nouveau 
 Convertisseurs MHD d'un genre nouveau . Ce fut le titre d'une publication 2 que
je s, en décembre 1975, à l'Académie des Sciences de Paris, grâce à l'obligeance de
l'académicien Lichnerowicz. On y voyait en particulier le dessin de cet aérodyne MHD
que j'avais inventé, de forme discoïde.
Cet article tomba sous les yeux d'un certain nombre de gens. On pouvait dicilement
évacuer le lien très évident avec les dizaines de milliers de témoignages rapportés par
des gens qui, dans le monde entier, prétendaient avoir vu d'étranges Objets Volants Non
Identiés, ou OVNI.
Lucien, qui était astronome dans un autre laboratoire de la région, tomba sur ma note
aux comptes rendus de l'Académie. Je le rencontrai un jour à l'observatoire et il me raconta
qu'il avait été lui-même témoin du phénomène. Son témoignage avait une précision tout
astronomique : heure GMT, déclinaison, ascension droite, diamètre apparent et vitesse
angulaire.
Quelques années plus tôt, il était avec son père dans la région avignonnaise, prenant
le frais par une belle nuit d'été, quand, soudain, tous deux avaient vu apparaître cinq
ellipsoïdes lumineux, en formation en  V . Ces objets avaient parcouru rapidement une
partie du ciel, qui était très dégagé cette nuit-là, puis avaient brusquement viré à angle
droit pour disparaître à l'horizon.
En écrivant ces lignes, je me rappelle être allé il y a trois ou quatre ans à une séance
du planétarium du Palais de la Découverte de Paris avec ma femme. L'astronome de
service nous avait montré fort intelligemment les merveilles du ciel nocturne, quand un
1Par exemple, accessible dans une bibliothèque scientique, dans le livre de Sutton et Sherman, En-
gineering magnetohydrodynamics, Mac Graw Hill series, 1967.
2J.P. Petit,  Convertisseurs MHD d'un genre nouveau , Comptes rendus de l'Académie des Sciences
de Paris, 15 sept. 1975, t. 281, p. 157-159.
2.4. PREMIÈRES MANIPULATIONS 21
spectateur lui demanda ce que signiait, pour lui, le phénomène OVNI. L'autre n'y alla
pas par quatre chemins. Les astronomes, disait-il, passent beaucoup de temps dehors, la
nuit, à scruter le ciel. Il armait qu'aucun d'eux n'avait jamais été témoin d'une aaire
de ce genre. Donc il ne s'agissait, il était formel, que de fabulations émanant de personnes
à l'esprit faible.
Aucun membre de la communauté scientique française ne se hasarderait à décrire
Lucien comme un rêveur, un fantaisiste ou un esprit faible. L'astronome Pierre Guérin,
de l'Institut d'astrophysique de Paris, disait qu'il y avait eu une observation collective
d'OVNI à partir d'un balcon d'un observatoire de la région provençale, il y a quelques
années. Mais l'expérience a montré que l'ébruitement de telles histoires est assez domma-
geable pour la carrière d'un astronome. La thèse ocielle est, et restera, que jamais un
astronome digne de ce nom n'a vu d'OVNI.
L'observatoire de Marseille n'était pas a priori équipé pour étudier des aérodynes
MHD. Le laboratoire de Lucien était beaucoup plus riche.
 Inutile de parler de cela à tout le monde. Tu n'as qu'à venir dimanche prochain. J'ai
les clefs, on fera un inventaire de ce qui pourrait éventuellement nous servir. 
2.4 Premières manipulations
Le dimanche suivant nous étions dans le laboratoire désert. Je jetai mon dévolu sur
une installation permettant d'aluminer les miroirs, qui comportait une grosse cloche à
vide, en verre, une pompe et un générateur électrique haute tension.
 Que veux-tu faire de cela ?
 C'est simple. Pour faire de la MHD il faut une forte conductivité électrique, il faut
des électrons libres. Il est évident qu'on ne va pas s'amuser ici à recréer la source de gaz
ultra-chauds qu'est le tube à choc. La solution, c'est la décharge en basse pression.
 Comme dans les tubes au néon ?
 Exactement. Cela aura un autre avantage, non négligeable : il nous faudra des
champs magnétiques beaucoup plus faibles, ce qui fait que nous pourrons utiliser de
simples aimants permanents. 
Je donnai à Lucien quelques indications techniques et il me promit que la manipulation
serait prête le dimanche suivant. L'idée de départ était de vérier que la décharge électrique
prendrait bien la géométrie que je souhaitais lui voir prendre, autour de l'objet. Les gaz
ionisés, ou plasmas, sont des êtres très capricieux, soumis à de nombreuses instabilités.
Pour obtenir l'eet souhaité il fallait que nous réussissions à faire spiraler du courant
électrique, ce qui n'avait jamais été fait.
Le jour dit, Lucien avait disposé sous l'enceinte transparente un objet de plastique noir,
discoïde, qui avait été usiné par un des ouvriers de l'atelier. Comme je l'avais demandé la
partie supérieure portait une succession de cathodes métalliques formant une couronne,
l'anode étant disposée à la périphérie, légèrement en dessous. C'était la solution classique
MHD de l'électrode segmentée, destinée à avoir une décharge plus régulière (sinon la
décharge part d'un point de la cathode et se balade de manière instable).
Lucien baissa les stores et le laboratoire se retrouva dans une obscurité complète.
La maquette ayant été mise sous une tension d'un millier de volts, la décharge s'établit
22 CHAPITRE 2. ONDES DE CHOC
lorsque la pompe eut fait décroître la pression susamment. Ce fut d'abord une lueur
rougeâtre, diuse, très accentuée au niveau des électrodes, ce qui les faisait ressembler à
des hublots. Puis la lueur s'épanouit dans l'environnement de l'objet.
 Tu es satisfait ?
 Eh non, regarde, ça n'est pas stable. La décharge électrique che le camp loin de la
paroi de l'objet. C'est l'inverse de ce que j'espérais. 
Eectivement les jets de courant, au lieu de rester plaqués contre la paroi, ressemblaient
à une fontaine lumineuse et jaillissaient de chaque électrode en gracieuses arabesques.
Esthétiquement c'était très réussi, mais scientiquement, cela ne collait pas du tout avec
mon modèle, avec ce que j'avais publié à l'Académie des Sciences. J'avoue que j'étais un
peu dépité.
Pendant les semaines qui suivirent j'essayai de comprendre ce qui avait pu se pas-
ser. Pourquoi ma décharge électrique ne suivait-elle pas le plus court chemin que je lui
proposais ?
Le calcul me donna l'explication, une fois de plus. Dans les conditions où nous tra-
vaillions, qui sur ce point seraient assez semblables à des expériences menées dans l'atmo-
sphère, le champ magnétique avait tendance à souer la décharge loin de la paroi.
Cela paraissait insoluble. Il fallait un champ magnétique à l'endroit de la décharge
pour que la combinaison courant de décharge-champ magnétique crée le champ de force
adéquat agissant sur le gaz. Mais je ne pouvais apparemment localiser les deux dans la
même région de l'espace. Je voyais mal comment un solénoïde pouvait créer un champ
magnétique qui croîtrait lorsqu'on s'en éloignerait.
2.5 Une recherche féconde
L'idée apparut soudain. Il susait d'utiliser non un solénoïde équatorial, mais deux. Le
paradoxe consistait à faire circuler les courants en sens opposés. Lucien calcula la géométrie
des lignes de champ magnétique sur l'ordinateur de son laboratoire. Elle correspondait à
ce que j'avais imaginé. Grâce à ce dispositif de  cisaillement de champ magnétique , il
était possible eectivement de créer un champ qui soit plus intense loin d'une paroi et
maximal approximativement sur une surface ayant la forme d'un tronc de cône s'appuyant
sur les deux spires.
La paroi ne pouvait alors être que perpendiculaire aux lignes magnétiques ainsi foca-
lisées, ce qui lui donnait une forme concave.
Nous construisîmes un nouveau modèle intégrant ces résultats de calcul et le dimanche
suivant, la décharge, ainsi domestiquée, reprit sagement la place que nous souhaitions lui
voir prendre.
Que le lecteur me pardonne d'être entré si loin dans des détails technico-scientiques,
mais ce qu'il faut retenir d'un tel résultat, qui donna lieu à une nouvelle publication à
l'Académie des Sciences de Paris3, c'est que la simple exigence scientique (la stabilité
d'une décharge électrique) nous amena à modier la géométrie d'un objet et à constater
un singulier phénomène de convergence avec ce qu'on appelait les  soucoupes volantes .
3J.P. Petit et M. Viton,  Convertisseurs MHD d'un genre nouveau. Appareils à induction , Note aux
Comptes rendus de l'Académie des Sciences de Paris, 28 février 1977, t. 284 p. 167-169.
2.5. UNE RECHERCHE FÉCONDE 23
Fig. 2.1  La géométrie magnétique de l'aérodyne MHD discoïde. Connement pariétal.
24 CHAPITRE 2. ONDES DE CHOC
Des problèmes de rendement propulsif m'avaient d'emblée orienté vers des machines à eet
Hall fort4, donc discoïdales, et voici que le connement pariétal du plasma nous fournissait,
comme seule solution possible, une géométrie bien singulière pour une machine volante.
2.6 Le comportement de l'aérodyne MHD
Selon la théorie que je bâtissais progressivement, l'aérodyne MHD n'avait vraiment
plus rien à voir avec une aile traditionnelle. Ainsi, dans une croisière rapide en vol horizon-
tal la machine se dirigeait-elle pratiquement selon son axe. Dans cette posture elle pouvait
sembler totalement anti-aérodynamique, mais, dans une optique où en tout point la direc-
tion de la vitesse du gaz pouvait être totalement imposée par les forces électromagnétiques
présentes, l'ensemble retrouvait sa logique.
En fait l'aérodyne disque se rapprochait plus du rotor de l'hélicoptère que de l'aile.
Après un décollage il aurait le même mouvement de basculement qui semblait avoir été
observé par certains témoins.
Je trouvais cela de plus en plus excitant. Au début je n'y avais absolument pas cru, et
c'était cette aaire de connement pariétal qui m'avait énormément intrigué. Il m'arrivait
de discuter de cela assez librement avec mon entourage. Il faut dire que l'environnement
relativement libéral de l'observatoire ne constituait pas un écho signicatif des réactions
de la communauté scientique française face à ces questions.
La première réaction négative survint lorsque la direction du laboratoire de Lucien
eut vent de nos activités clandestines. Nous travaillions là-bas depuis trois mois lorsqu'un
dimanche un des techniciens du laboratoire t brutalement irruption dans le local où était
installée la  manip . Il était venu pour réparer sa voiture, en protant de l'outillage de
l'atelier. Entendant le bruit de la pompe, il était descendu voir, et nous n'avions pas fermé
la porte à clef.
La confrontation fut assez étonnante. Le technicien ouvrit la porte, les mains couvertes
de graisse, et tomba sur cet objet discoïde émettant des lueurs bleuâtres. Il était trop tard
pour tout camouer. Nous lui fîmes jurer de ne rien dire à personne, mais quelques jours
après, propagée sous le sceau du secret, l'histoire avait fait le tour du laboratoire. Lucien
fut immédiatement convoqué et sommé de cesser cet exercice illégal de la physique.
4Lorsque le champ magnétique dépasse une certaine valeur, la direction de l'écoulement du courant
cesse d'être colinéaire à celle du champ électriqueE. Les électrons  marchent en crabe  vis-à-vis de la di-
rection du champ E. Les vecteurs courant et champ font alors un angle , dit angle de Hall, proportionnel
à la valeur locale de B.
Chapitre 3
Voyage au pays de l'OVNI
Depuis l'aaire Kenneth Arnold (inventeur du mot soucoupe volante) en 1947, les
gens étaient allés de déception en déception. Comme aucun scientique n'avait voulu se
mouiller dans cette histoire, cela avait laissé le champ libre à toutes sortes de spéculations
plus ou moins sérieuses. Avec le temps certains avaient ni par considérer le phénomène
OVNI comme quelque chose de foncièrement incompréhensible.  Comment voulez-vous,
disaient-ils, comprendre quoi que ce soit à une science qui a peut-être des millions d'années
d'avance sur nous ? 
Il est vrai que les modélisations véhiculaires des pauvres terriens avaient été bien
légères. Un Français nommé Plantier, par exemple, lieutenant de l'armée de l'air, avait
publié un petit opuscule où il développait sa théorie basée sur un champ de force agissait
sur l'ensemble de l'objet et de l'air ambiant. Quel champ de force, créé par quoi ? Mystère...
D'autres ne juraient que par l'antigravitation.  C'est simple, disaient-ils, vous prenez
le vecteur pesanteur. Ça c'est la gravitation. Vous le faites alors tourner de 180et vous
obtenez... l'antigravitation.  Comment ?  Ah ça, ne me le demandez pas. Je ne suis pas
physicien. Je lance une idée, c'est tout. 
On se serait cru à l'époque où la peur du vide était censée faire monter le mercure
dans les baromètres. Certains voulaient prouver que les OVNI suivaient des trajets bien
particuliers, le long de failles de l'écorce terrestre, pour mieux exploiter  l'énergie tellu-
rique .
Un certain  docteur  Pagès prétendait, quant à lui, avoir fait des expériences de
dé-gravitation. Il susait, disait-il, de faire tourner un objet très vite sur lui-même et cela
réduisait son poids. Mais ces expériences ne marchaient pas n'importe où et n'importe
comment. De temps en temps, de l'aveu de Pagès, des  forces occultes  contrariaient le
succès de l'opération, particulièrement lorsque de véritables scientiques étaient présents.
Je crois que j'ai une explication sur ce sujet précis. Si on prend un disque qui présente
une diérence de rugosité sur ses deux faces et qu'on le fait tourner très rapidement avec la
face la plus rugueuse vers le haut, une légère dépression se créera sur celle-ci. Mais il s'agit
là d'un phénomène simplement aérodynamique, qui n'a rien à voir avec une altération de
son poids. Le pauvre Pagès s'était peut-être un jour laissé prendre, en toute bonne foi, aux
pièges de la loi de Bernoulli, et il ne serait pas le premier. Personnellement, plus j'avance
dans la connaissance de l'aérodynamique et plus je me demande si ça n'est pas l'esprit
malin de la physique.
25
26 CHAPITRE 3. VOYAGE AU PAYS DE L'OVNI
Je crois que l'interprétation la plus étonnante que j'aie connue est celle que m'adressa
en 1976 un correspondant :  Je sais comment marchent les soucoupes volantes. Au centre
de celles-ci se trouve une table, et autour de cette table douze adolescents pré pubères en
état d'extase lévitatique. 
Aux États-Unis apparaissait un courant d'interprétation par le paranormal dont le
maître à penser se voulait être le Français Jacques Vallée, émigré sur la côte ouest.  Com-
ment pouvez-vous être sûr, disait en gros Vallée, que ce phénomène que subit le témoin
réside réellement dans notre espace-temps ? Qui vous dit que cela n'est pas la manifesta-
tion d'entités appartenant à d'autres dimensions, inconnues de nous ? 
Le phénomène était alors apparenté aux poltergeists, provoqués par les médiums.
Quant aux petits humanoïdes échappés des soucoupes, ils rejoignaient la cohorte des elfes
et des farfadets.
J'aurais pu constituer un dossier assez curieux du courrier en provenance de lieux du
monde parfois assez lointains. Un ancien pilote de l'U.S. Air Force, retraité, qui avait vu
des photographies des expériences que nous avions faites et qui avaient été publiées par
une revue américaine, s'orait pour être le pilote d'essai de notre soucoupe. Je répondis :
 OK, si vous mesurez moins de sept centimètres. 
Un gosse du Nebraska m'envoya une simple carte :  How much do you charge for a
saucer ? (Combien coûte une soucoupe volante ?) 
Chaque semaine je parcourais des dossiers, mémoires, qui m'étaient adressés et avaient
parfois transité par le CNRS, qui n'en pouvait mais. Pseudoscience, parascience, patas-
cience, toutes les variantes de la théorie du mouvement perpétuel ou de l'extraction d'éner-
gie à partir du vide y passaient. Je découvrais toute une population de scientiques du
dimanche, parfois attendrissants, transformant leur garage en laboratoire et leur jardinet
en centre d'essai.
Un jour, un septuagénaire m'envoya un rapport. Il avait modié les équations de la
mécanique de manière étonnante1. Ses calculs prédisaient alors l'apparition d'une portance
quand on faisait circuler une chaîne sur trois poulies formant un triangle dans un plan
vertical. Passant carrément à l'acte, il avait construit une machine imposante, mue par un
moteur de quatre chevaux, dont il m'envoya la photo et qu'il essayait chaque dimanche
dans son lotissement.
Je restai un jour vingt-quatre heures en échec devant une fantastique  machine à
antigravitation . Elle était constituée d'un bâti solidaire d'un carter de plexiglas trans-
parent. Celui-ci contenait un disque de polystyrène d'une soixantaine de centimètres de
diamètre et de 4 centimètres d'épaisseur, xé à l'aide d'un moyeu d'aluminium sur l'axe
vertical d'un moteur électrique. Un système électronique à impulsions, fort complexe, mis
au point et construit par l'auteur, accélérait ce disque de telle manière que sa vitesse an-
gulaire croisse selon la racine carrée du temps. Cet ensemble, qui pesait 4 kilos, reposait
partiellement sur une balance située en dessous et pendait à une celle xée à un portique
fait de cornières. L'expérimentateur, en jouant sur le déplacement vertical du support
de sa balance, se débrouillait d'abord pour que celle-ci supporte 2 kilos, tandis que le l
encaissait le reste du poids. Il branchait alors le moteur et le disque en polystyrène se
mettait en mouvement en ronronnant. On voyait alors l'aiguille de la balance bouger en
1Pour le physicien, cet animal avait ajouté un terme supplémentaire au classique, F = m




LIVRE COMPLET : ENQUÊTE SUR LES OVNI VOYAGE AUX FRONTIÈRES DE LA SCIENCE PAR JEAN PIERRE PETIT (Spiritualité, Nouvel-Age - Editions, Livres)    -    Auteur : JP - France


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dernière mise à jour : 2007-05-07

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